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 Ce site a été réalisé par Dominique Moulon avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication (Délégation au développement et aux affaires internationales).
 Les articles les plus récents de ce site sont aussi accessibles sur “ Art in the Digital Age”. |
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PIXELACHE, HELSINKI, 2011
Pixelache a été fondé par Juha Huuskonen à Helsinki en 2002. Depuis, c'est un véritable réseau international qui s'est constitué. Le commissaire d'exposition Mathieu Marguerin et Kevin Bartoli, l'un des membres du collectif RYbN, préparent ensemble la version française du Mal au Pixel qui se tiendra à Paris en juin prochain. Mais revenons à la dernière édition du festival finlandais qui s'est tenu principalement sur les îles de Suomenlinna en mars 2011.
Cartographies et territoires
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Jodi,
"GeoGoo",
2010.
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Des formes étranges se construisent sur les cartes qui sont vidéo projetées derrière la curatrice indépendante Susanne Jaschko lorsqu'elle introduit le colloque "Map me if you will". Ce sont les œuvres graphiques et animées des membres du duo Jodi dont on apprend bien peu de choses si l'on se contente de visiter leur site Web car on se perd dans les profondeurs du code. Ils créent en effet plus qu'ils ne documentent leurs détournements artistiques de systèmes d'exploitation, de jeux vidéo ou de services Web. Aller à l'adresse "globalmove.us" revient à observer la carte d'un territoire dont on ignore tout puisque c'est la machine qui le choisit à notre place. On y devine, ici un fond marin, là un désert. Mais peu importe le lieu quand ce sont les icônes de Google Map qui, les unes après les autres, finissent par former un dessin. L'application dont les artistes se sont saisi est d'une extrême précision, déplaçant la carte au sein de la fenêtre du navigateur comme le fait un dessinateur de moyens formats sous sa main dominante. Ici, c'est la planète toute entière qui défile sous nos yeux, alors que les assemblages d'icônes recouvrent des territoires dont la démesure satisferait les plus ambitieux des Land artistes.
Monnaies locales
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Christian Nold
"Bijlmer Euro",
depuis 2009.
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Tous les intervenants du colloque, à l'instar de Christian Nold, ont un rapport privilégié aux cartes ou territoires. Ce dernier, après avoir cartographié les émotions de gens ordinaires durant des expériences de "Bio Mapping", s'est intéressé aux monnaies locales. Il a grandi à Lewes, dans le Sussex, et habite actuellement à Brixton, dans le sud de Londres. Il est donc habitué aux monnaies locales comme les Lewes et Brixton Pounds. Mais c'est dans un quartier d'Amsterdam, le Bijlmer, que Christian Nold a décidé de traquer les moindres échanges d'une étrange monnaie afin d'en dresser des cartographies. Il a, pour ce faire, eu l'idée de décoller les puces RFID (Radio Frequency IDentification), de tickets de transports usagés pour les coller temporairement sur des coupures de cinq et dix euros. Ainsi customisés, les billets dont la puce est unique peuvent alors être scannés par les marchands participant à l'usage du Bijlmer Euro en offrant des réductions aux possesseurs de cette monnaie locale. Les cartes interactives qui résultent des mouvements de tels billets révèlent de possibles associations entre commerces de proximité à l'heure où nous sommes de plus en plus sensibles aux bilans carbones des produits que nous consommons.
Le Fabbot
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Ars Longa & Studio Lo
"FabBot", 2010-2011,
Source Maria Spera.
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Il faut passer d'une île à l'autre, sans quitter la forteresse maritime de Suomenlinna qui est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, pour se rendre à la galerie Augusta. Franchir l'entrée de l'exposition c'est entendre le son de la fraiseuse à commande numérique, CNC, autour de laquelle s'activent Vincent Guimas de la Galerie Ars Longa, les membres du collectif Studio Lo et le designer Sten Ridarch. Leur projet commun s'inscrit dans la continuité du concept de laboratoire de fabrication, fablab, initié lors du cours "How To Make (Almost) Anything" du MIT. Les objets qu'ils usinent ensemble à l'aide de leur fabbot sont documentés sur le site du magasin laboratoire "maglab.fr." Or Parmi eux : une étrange brique de bois, un "Decision Maker" percé d'un trou dans sa partie supérieure. La bille métallique que l'on y insère doit parcourir les méandres intérieurs que la machine a mémorisés puis creusé avant de se prononcer en répondant par un oui ou par un non à la décision que l'on doit prendre ou ne pas prendre. « Devrais-je aborder ce jeune artiste qui semble assailli par ses créatures métalliques ?»
La pensée binaire
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Niki Passath
"Zoe", 2010.
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Les petits robots qui gesticulent au pied de Niki Passath, leur concepteur, évoquent des araignées. Pourtant, c'est le lion automate de Léonard de Vinci qui a inspiré cet artiste autrichien. « My little things », comme il les surnomme affectueusement, ne sont dotées que d'un bit de mémoire. Ce qui en fait les robots les moins intelligents du monde car ils ne savent qu'avancer ou reculer. Pourtant, les spectateurs leur confèrent aisément toutes sortes d'intentions, notamment quand ils semblent se "frotter" à eux avec insistance. Cependant, ils peuvent se déplacer sur la neige là où les humains s'enfonceraient. Ils seraient à même de rejoindre Helsinki sans passer à travers la couche de glace qui recouvre la mer Baltique en ce moment de l'année. Ils "survivraient" en effet à bien des catastrophes qui pourraient nous atteindre comme nous anéantir. Quant au lion de Léonard, il a disparu depuis bien longtemps, mais on rapporte qu'il s'immobilisa devant François 1er avant que son mécanisme ne fasse apparaître une fleur de Lys.
D'artificiels sourires
Quittons maintenant Suomenlinna pour nous rendre sur le continent, à Helsinki, où il est des lieux comme la galerie Muu qui se sont associés au festival. L'exposition "Computational photography" y regroupe les travaux de huit artistes dont Andreas Schmelas et Stefan Stubbe. Ces derniers ont conçu un appareil photographique quelque peu particulier qu'ils abandonnent dans les mains des spectateurs. Les sujets photographiés se reconnaissent dans l'image vidéo projetée bien qu'il y ait quelque chose de monstrueux dans leurs visages. Le dispositif, équipé d'une application de reconnaissance faciale, y incruste en effet les bouches d'autrui, en temps réel, pour que tout le monde soit également souriant. Et l'on pense aux réunions familiales et politiques où la bonne humeur est de mise, surtout durant l'instant photographique. Les images augmentées de ces jeunes artistes allemands nous rappellent aussi les sourires forcés de ceux qui ont eu recours à la chirurgie esthétique. Sans oublier que « Sony l'a fait », puisque le fabricant a ajouté un détecteur automatique de sourire au sein des appareils photographiques de ses dernières gammes !
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Jean Katambayi Mukendi
"Ecoson", 2010,
Source Nathalie Aubret.
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Du Sud vers le Nord
A la galerie Myymälä2, la quatrième édition du programme "Signals from the South" est dédiée à Jean Katambayi Mukendi. Il y expose trois pièces dont les problématiques s'articulent autour de notions liées à l'énergie. "Simulen" évoque les dangereuses manipulations manuelles que doivent faire les habitants de la République Démocratique du Congo pour rétablir le courant électrique dont le voltage est des plus instable. Durant sa présentation, l'artiste remonte à l'enfance afin de justifier son intérêt pour les nombres, son usage immodéré du carton ou sa connaissance des métaux comme de l'électricité. L'installation "Ecoson" est davantage complexe. Elle établit une relation entre nature et énergie. Sur une carte où les continents ont été réorganisés, une matrice de diodes électroluminescentes est connectée à un assemblage de bocaux contenant diverses matières organiques. Le public est incité à se saisir d'une manivelle pour activer l'œuvre selon une combinatoire imaginée par l'artiste. Mais c'est sur une représentation du monde que nous agissons sans savoir les résultats de nos opérations alors que nos téléphones portables regorgent de composants nécessitant l'extraction de minerais, qui n'est pas sans conséquences, en République Démocratique du Congo.
Bruits et musicalité
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Yann Leguay
"Quasi Static
Crack Propagation",
2011.
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Quand arrive le soir, c'est au Club Dubrovnik que les festivaliers se retrouvent, là où Yann Leguay donne sa performance intitulée "Quasi Static Crack Propagation". L'artiste français est équipé de têtes de lecture pour disques vinyles et traque, sur scène, les bruits qui d'ordinaire nous inquiètent lorsqu'il s'agit de nos disques durs. Des boucles sonores s'entremêlent au rythme des rotations des disques et autres magnétophones. Durant toute la performance, il positionne et repositionne méticuleusement les têtes de lectures captant ainsi les petits accidents sonores qui, se répétant, participent d'une musique définitivement électronique. On pense alors inévitablement aux expérimentations sonores de John Cage où l'imprédictibilité était de mise comme à son conseil : « Si un son vous dérange, écoutez-le ». Quant aux spectateurs qui omettent les gestes de l'instrumentiste, ils sont instantanément immergés dans un malstrom sonore où tous les sons semblent à leur place, sans redondance aucune.
Au Kiasma
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Saara Ekström
"Dust", 2011,
Source Petri Virtanen.
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Ce serait totalement déraisonnable que d'aller à Helsinki sans visiter son musée d'art contemporain, le Kiasma, où il est encore question d'imprédictibilité au sein de l'exposition dédiée à Saara Ekström. Les innombrables disques en plastique de petite taille de l'installation "Disturbance" sont soumis au flux incessant d'un air pulsé par deux ventilateurs. Les formes se succèdent comme à la surface d'une eau paisible que le vent anime délicatement. Sans rafale, sans même que l'on ait le temps d'y reconnaître quoi que ce soit de figuratif. Enfin il y a "Dust" où la poussière se déplace dans une image vidéo projetée qui semble avoir été dépliée. Dès qu'une forme apparaît, elle est remplacée par une autre, accompagnée de ses symétries. L'œuvre a les allures d'un vaste mandala qui évoluerait sans aucune présence humaine, si ce n'est celle des spectateurs impuissants même à retenir les poussières, dans l'image, qui semblent soumises à quelques forces magnétiques, donc invisibles par essence.
Article rédigé par Dominique Moulon pour Digitalarti, mai 2011.
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